Cet e-Origami est un commentaire de lecture de l’article de Barats et al. (2024)1.

Il y a beaucoup Ă  apprendre pour moi dans cet article. Car il est le canon exemplaire d'un travail de recherche mixte rigoureux.

Avant propos

Je cherchais un exemple d’analyse de circulation-discursive sur internet. Parce que j’y suis confrontée dans plusieurs projet : liipps et polémique-pénitentiaire .

Mais, n’oublions pas que ma formation en linguistique est particulièrement lacunaire, j’opte donc pour une lecture approfondie et enrichie de tous les articles qui acquièrent ma confiance.

À la suite de cette lecture2, je répertorie les éléments méthodologiques, éthiques et théoriques qui m’apparaissent exemplaires pour les projets auxquels je suis affectée.

La corpus

Deux corpus sont à l’oeuvre. Le premier avec les tweets témoignages, dans la première “heure” du hastag #MeTooInceste. Et le second, avec les retweets.

Le premier permet une analyse discursive des témoignages, et même si ce n’est pas dit de cette manière, il apparaît qu’il se positionne dans leur recherche sur la phase exploratoire.

Car ce sont les lacunes métriques et analytiques qui justifient, semble-t-il, le second corpus. Celui-ci permet d’analyser les retweets et réponses, mais aussi les caractéristiques des comptes, notamment en matière de nombre d’abonnés, pour estimer la portée (impressions) des tweets par le retweet.

La méthode mixte

Voici ce qu’on lit de cette approche mixte :

Citation

Des approches quantitatives ont été combinées en ayant recours à des outils de statistiques textuelles (Iramuteq, iTrameur et CorText) et des approches qualitatives (retour au texte, recherches ciblées sur des cooccurrences) afin d’examiner les traits discursifs saillants du corpus, les récurrences et également les éléments plus marginaux ou moins significatifs d’un point de vue statistique.

On a donc, d’une part, un traitement automatique du langage, et d’autre part, un traitement manuel du langage.

Analyse en deux temps

L’analyse est donc d’abord sémiodiscursive et technodiscursive, afin d’analyse le discours-en-interaction par les modalités technologiques inhérentes à Twitter. Ensuite, elle est centrée sur la dynamique de circulation discursive.

Analyse discursive

  1. Un dendogramme (Méthode Reinert) avec l’outil Iramuteq → 4 catégories émergent (témoignage, problème public réactualisé, soutien, médiatisation pédocriminalité)
  2. Typologie des prises de paroles → Témoignages, soutiens individuels, soutiens associations, soutiens personnalités politiques, utilisation #MeTooInceste par les journaux, prises de parole dissonantes. → Chaque typologie est analysée selon le prisme de son univers lexical (ci-dessus), dans une démarche sémiotique, de comparaison aux autres usages discursifs observés sur d’autres hashtags (par exemple). Cette analyse porte à la fois sur la phraséologie, la classe lexicale, les actes de langage[^perfomatif], ainsi que les aspects pragmatiques d’énonciation3 (interdiscours et prédiscours) convoqués, les intentions et le contenu (ainsi que le sens de ce contenu).
    • Le traitement mĂ©diatique est prĂ©sentĂ© comme un “moment discursif” analysĂ© sous le mĂŞme angle. C’est important de le noter, car c’est très diffĂ©rent de l’analyse de la circulation discursive qui suit.
  3. Les implications de ces témoignages → Cette analyse est réalisée sous un angle interdisciplinaire qui combine la sociologie, l’histoire, la linguistique et les sciences de la communication. Cette stratégie d’analyse m’est exemplaire car elle invoque de nombreux concepts emprunts à plusieurs discipline dans une rédaction particulièrement fluide. → Cette part, dont le sous-titre est “Parler de soi : production des savoirs et lutte féministe par le témoignage” de l’article révèle à la fois les implications scientifiques “production des savoirs” et sociétales “lutte féministe” d’un tel flot de témoignages.

La circulation discursive

La première question posée est “pourquoi ces tweets sont devenus viraux ?”

Les caractéristiques des comptes (nombre d’abonnés) sont évoquées sous la question de la portée des tweets testimoniaux. Ils distinguent aussi les comptes qui ont tweeté un témoignage (nb médian abonnés 6), et les comptes qui ont repris le hashtag (nb médian abonnés 271). Et ils comparent le nombre moyens de retweets de ces deux types de tweets (témoignage moy 25 ; hashtag moy 11).

Pour mesurer la visibilité d’un tweet, ils optent pour une somme des métriques :

Méthode de calcul (citaiton)

Au moment de notre étude, les données rendues accessibles par Twitter via son API ne contiennent pas le nombre de vues d’un tweet. Il conviendrait donc d’estimer la visibilité d’un tweet par la somme du nombre d’abonné·es de tous les internautes ayant partagé ce tweet. Par exemple, si un tweet a été partagé par trois internautes dont les nombres d’abonné·es sont respectivement 10, 100 et 1 000, alors la visibilité du tweet sera de 1 110 vues potentielles. Cette estimation constitue une approximation du nombre de vues d’un tweet (Wang et al., 2021) et se retrouve dans certaines analyses de propagation de contenus sur Twitter (Iizuka et al., 2022) ainsi que dans le monde du marketing¹.

¹ On retrouve cette méthode de calcul dans l’outil Tweet Binder.

Ils rapportent que cette méthode de calcul permet de de se décentrer des tweets pour investiguer les acteurs de la visibilité de ces tweets. Ce qui leur permet ensuite de catégoriser les comptes en question.

Cette catégorisation permet une représentation visuelle qui est appréciée pour comprendre leur méthode d'analyse. Surtout que les méthodes s'enchaînent, et l'interdisciplinarité peut compliquer la lecture de cette étude.

Ça me fait penser à l’étude qui avait été menée sur la viralité des tweets de l’affaire Benalla.

À partir de cette typologie, ils décrivent dans chronologiquement le déploiement des tweets.

Analyse de la circulation discursive

Footnotes

  1. Barats, Christine, Laetitia Biscarrat, et Camille Chanial. « Dire l’inceste sur Twitter : caractéristiques discursives et dynamiques de circulation de #MeTooInceste ». Questions de communication 45 (2024). https://doi.org/10.4000/11wx1. ↩

  2. Lien qui renvoie vers mon instance Readeck, car c’est plus confortable à lire et annoter. ↩

  3. On note cependant que seule l’énonciation est analysée, aucune mention de la réception sur la totalité de l’étude, si ce n’est la portée des publications. ↩